HUIS CLOS

Entrevue à HUIS CLOS avec Paupière

Entrevue réalisée par Elsa Fortant pour HUIS CLOS

Vous avez envie d’en savoir plus sur Paupière et leur nouvel album, Sade Satie ? C’est par ici que ça se passe.

Quelles sont les nouvelles depuis le tournage de la capsule HUIS CLOS il y a quelques mois?

Julia : Depuis il y a eu la sortie du single Cœur Monarque, il a été très bien reçu, on a eu de très bonnes critiques, on va d’ailleurs tourner un clip à Toronto avec Kevan Funk, un réalisateur de là-bas très prochainement. Ils ont parlé de nous à Salut Bonjour à TVA deux fois en une semaine, on est contents car on ne s’attendait pas à rejoindre le grand public de cette façon. On a aussi eu la chance de participer au festival SXSW avec d’autres groupes québécois. Surtout ces derniers temps on est dans le processus de lancement de l’album. On a changé le nom de l’album (ndlr : lors du tournage l’album était titré « Le retour de Saturne ». En astrologie le phénomène correspond à un cycle qui dure 30 ans, notamment en lien avec le passage à l’âge adulte). Ça veut dire la même chose mais finalement on l’a appelé « Sade Sati ». C’est le même concept de cycle de vie, au sein de la culture hindouiste. Dans l’astrologie indienne, le cycle ne dure pas 30 mais 7 ans.

Pierre-Luc : Depuis le Cosmodôme on a changé la formule live. Maintenant on joue certains éléments en direct, ça donne une autre profondeur, ça nous permet de feeler les chansons, de les interpréter live, avec la nuance du moment.

Quelle approche esthétique, conceptuelle avez-vous décidé de prendre avec ce nouvel album ?

Julia : On travaille avec Laurine Jousserand qui fait de l’animation, ça va être un univers post apocalyptique, un peu sci-fi, un peu bande dessinée, la pochette c’est Dimitri Neron de Québec qui fait du jeu vidéo.

Pierre-Luc : On se rapproche de nous pour vrai, Paupière n’a jamais été aussi fidèle à ses créateurs. On est dans la dystopie actuellement et je pense qu’on n’est pas les seuls en tant qu’artistes, à se projeter, à se servir de ça. À la base il y avait cette thématique-là, on était deux enfants d’une société post-apocalyptique qui aurait découvert les vestiges du rock, des vieux enregistrements du rock’n’roll qui essaieraient de reproduire ça mais avec des ordinateurs, des synthétiseurs. C’était ce délire-là. Finalement plus ça va, plus je me dis que Paupière c’est du rock. Julia et moi on est des rockeurs dans le sens qu’on n’a pas la droiture et le côté un peu impersonnel de la musique électronique. Quand on interprète live ce côté-là ressort de plus en plus.

Que pouvez-vous nous dire de votre processus créatif sur cet album ?

Julia : Sur des morceaux comme Cœur Monarque, l’instrumentation c’est Pierre-Luc. Je ne suis pas musicienne, je fais les mélodies vocales, les textes. Vous allez voir sur l’album il y a des morceaux que Pierre-Luc chante seul, ce sont ses textes, il incarne son personnage. Il y a des duos et des chansons où je chante seule. Pierre-Luc est très prolifique, il m’envoie une trentaine de chansons par semaine, c’est une machine. Cœur Monarque a été réalisé en confinement. On s’envoyait des audios, on s’appelait. On est restés proches dans la création malgré tout. Ensuite on s’est retrouvés en studios dès qu’on a pu. On a fait beaucoup d’expérimentations.

Pierre-Luc : Quand j’ai composé Cœur Monarque sans la voix – c’est la plus grosse partie selon moi de poser la voix, c’est avec la mélodie vocale que ça prend de l’ampleur – je sentais que c’était un beau template. Je l’ai envoyé à Julia enthousiaste puis sur le coup elle ne l’a pas remarqué vu la quantité de morceaux que je lui envoie. Après coup elle a vraiment accroché, elle a tapé ses voix sur l’ordi de même en chantant par-dessus et c’était un moment de grâce.

On a beaucoup parlé de votre dernier single, Cœur Monarque, quelle est sa signification ?

Julia : Il y aurait d’autres morceaux sur lesquels j’aurais des choses à dire, des anecdotes mais celui-ci c’est une histoire. Ce n’est pas personnel, on ne parle pas de quelqu’un qu’on connait non plus. Je voyais ça cinématographique, d’ailleurs là on travaille avec le réalisateur et on se rend compte que c’est un texte qui laisse beaucoup de place à l’imaginaire. J’imaginais une fille un peu prise dans un mauvais pattern et qui se réveille un jour étourdie. Elle a vieilli, rien ne change autour d’elle, avec des mauvais amis, toujours à faire la fête, comme un papillon qui va se coller sur une lumière, pour exprimer l’idée que c’était plus fort qu’elle dans ses mauvaises habitudes.

J’ai l’impression que le concept de cyclicité est central à l’album. Son titre, le single Cœur Monarque, vous commencez un nouveau cycle en duo… qu’est-ce que ça vous inspire ?

Pierre-Luc : Chaque cycle fait partie d’un plus grand cycle, chaque morceau fait partie d’un tout. En écoutant l’album ça m’a poppé qu’il y a une trame narrative claire. Cet opus c’est l’évolution d’un personnage qui serait Paupière. Ça passe par l’anticipation, Sade Satie qui est ce retour, Cœur Monarque qui revient au printemps… Plus ça va dans l’album plus le personnage passe par la colère, il y a des tounes un peu plus raw. En psychologie il y aurait certainement des termes plus précis mais je vois vraiment le cycle. Ce qui est intéressant c’est que c’est malléable dans l’écoute, c’est important que tu sentes qu’il y a une trame même si on ne peut pas mettre de mots précis dessus. On finit avec une chanson qui a été juste faite au studio, pas masterisée. C’était impensable pour moi de finir sur une grosse production épique, la dernière qui s’appelle Duo et qui parle du fait qu’on est désormais un duo. C’est comme si on débarquait de notre personnage on disait bye au monde et qu’on se présentait. J’ai déjà entendu des artistes dire que ce qu’ils allaient présenter au monde allait avoir un impact, en ce moment j’ai cette épiphanie là à l’intérieur de moi, je sens qu’on est exactement où est-ce qu’il faut être, il n’y a pas eu d’interférences entre nos germes d’idées et ce que c’est devenu. Des fois il y a un monde de différences mais là je sens qu’on a vraiment donné, on a fait honneur aux chansons. C’est enivrant. Tu deviens spectateur de ton œuvre. Je joue de la batterie live, le fait d’utiliser les séquences on peut être en retrait de ce qu’on fait, on peut complètement l’embrasser, on fait vivre les tounes à chaque fois différemment.

La dimension métaphysique de l’album m’amène à penser aux liens entre musique et mathématiques. En tant que batteur, Pierre-Luc, tu dois avoir une perception particulière de ces rapports ?

Pierre-Luc : J’ai toujours été bon en maths à l’école, j’ai commencé à jouer de la batterie pour rentrer dans le band de mes amis à 17-18 ans, c’était pas facile, j’étais entêté. Peut-être un an ou deux après j’ai réalisé que c’était des maths, j’étais frustré que mes amis ne me l’aient pas expliqué de cette façon. J’y vais de façon super théorique mais c’est le temps, le battement par minute (BPM) qui définit le fil de la toune que tu divises, multiplies, bref, tu joues avec mais ce sont des maths basiques. Après ça, l’objectif c’est de combiner ces mathématiques avec le geste. Là tu te rends compte que ce sont des mathématiques en mouvement. Tu comprends que les nombres pairs ont cette vibe-là, le ternaire c’est rond, les nombres impairs ça sonne autrement… Désormais quand je joue de la batterie c’est des maths dans ma tête, même si je suis super exubérant. Ce qui me permet d’aller vers cette wildness là c’est d’avoir compris que j’étais dans un problème mathématique et j’entraine mon corps à y répondre. C’est un monde de possibilités. Ça me fascine et je trouve ça fun.

Lors de la prestation au Cosmodôme on a découvert une dimension plus théâtrale de Paupière avec une part importante de mise en scène. Allez-vous continuer dans cette direction ?

Julia : Oui, ça va s’enrichir de plus en plus. On trouvait que c’était pertinent d’exploiter le côté théâtral, la danse, la mise en scène en tant que duo. C’est aussi la volonté d’incarner les personnages qu’on décrit dans les morceaux, on veut poursuivre dans cette direction.